Interview

Avec le séminaire UVDE, rendre la culture numérique accessible à tous

Charlotte Blassel
Charlotte Blassel

Les technologies numériques façonnent le monde. Pour les éclairer, HETIC a créé en 2013 le séminaire UVDE. Des étudiants participent à l'organisation. Comme David Dehe et Nicolas Triau, en deuxième année du cursus Expert. Réflexions sur la culture numérique.

Publié le 3/06/2020 — Temps de lecture 5 min

Mieux comprendre un environnement qui change à toute vitesse. Lancé en 2013 par HETIC, le séminaire de culture numérique UVDE convie des représentants du monde académique et des professionnels du secteur des nouvelles technologies, pour échanger sur leurs recherches et leurs activités. La responsabilité scientifique est assurée par Peppe Cavallari, docteur en philosophie et en sciences de l'information et de la communication, intervenant à HETIC. L'équipe d'organisation est composée d'étudiants, comme cette année David Dehe et Nicolas Triau.

Quand et comment avez-vous commencé à être intéressés par la culture numérique ?

Nicolas Triau : Cela a commencé avec les cours de philosophie au lycée, qui nous donnent de premières pistes de réflexion. Les pratiques numériques étant partout autour de nous dans nos vies, penser à leur impact sur la société a toujours été un sujet qui m’intéressait. Le simple fait d’être suivi sur les réseaux sociaux, d’être vu peut faire de toi un acteur politique.

David Dehe : C’est un sujet qui nous permet de réfléchir. Nous sommes à la fois acteurs et “victimes” de ce qui se passe dans le monde du numérique. On est intéressés par l’approche de cette nouvelle Terre, comment les gens y agissent. Nous y sommes tous impliqués, qu’on le veuille ou non. Dès qu’il y a une interaction, l’apport de la philosophie est pertinent.

“De l'entreprise à la plateforme. Intelligence artificielle ou stupidité organisée ?” L'intervention de Luca Paltrinieri, de l'Université de Rennes, en janvier 2020 au séminaire UVDE. (Photo © DR)

Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre le séminaire UVDE ?

David Dehe : J’ai été attiré par l’idée de comprendre les rouages de cette culture numérique. Le fait que nous soyons un groupe permet d’élargir le débat et de s’ouvrir à de nouveaux modes de pensée. Tous les étudiants ont des parcours et des avis différents. Aussi, ça m’a permis d’entrer en contact avec des personnes intéressantes, ayant un très haut niveau scientifique et beaucoup à nous apprendre. Le séminaire UVDE accueille des intervenants prestigieux venant de Science Po, de l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), de la Sorbonne. Ils nous apportent donc des points de vue de vrais experts.

Nicolas Triau : C’est effectivement une belle occasion de rencontrer des personnalités fortes. Il y a une vraie qualité d’intervention et ça nous permet de créer un vrai débat constructif, d’avoir une base solide sur laquelle penser par la suite. Le séminaire UVDE, c’est aussi l’occasion de partager nos points de vue sur un sujet avec d’autres personnes. J’ai apprécié cette idée de rendre la culture numérique accessible et intéressante pour tous. Les débats permettent de créer une vraie conversation entre étudiants et intervenants, toujours de manière saine, chacun veut apprendre des autres. C’est aussi un projet vraiment porté par HETIC. Par exemple, Monsieur Chomel [Denys Chomel, cofondateur de HETIC et responsable des admissions] est présent à presque toutes les interventions. Il entraîne les autres à réfléchir et rebondir sur sa pensée. Certains pensent mais ont du mal à s’exprimer en public. Le séminaire UVDE crée un environnement stimulant et de partage. Certains “portent les autres”, les encouragent à partager leurs avis.

Philosophe et éditeur, Gérard Wormser a proposé en janvier 2020 au séminaire UVDE une réflexion sur la connectivité universelle, autour de son ouvrage “Facebook, l'école des fans”. (Photo © Denys Chomel)

Quel était votre rôle au sein de l'équipe UVDE ?

David Dehe : Je m’occupais de préparer les questions à poser à l’intervenant, après sa présentation. Il fallait pouvoir entretenir le débat, soulever des thématiques et points de vue intéressants, en fonction du public présent. Il y avait aussi beaucoup de préparation technique, pour filmer les interventions, les retransmettre en direct sur les réseaux sociaux, prendre des photographies.

Nicolas Triau : J’étais responsable de la communication sur Facebook. Au séminaire UVDE comme partout de nos jours, la communication est essentielle. Il fallait aussi se préparer à réagir à l’intervention, à nourrir le débat et le rendre vivant.

Les interventions présentent différentes thématiques et manières de voir le monde. Laquelle vous a le plus marqués ?

David Dehe : Celle sur Stylo, en mars dernier. Stylo est un éditeur de texte open source qui permet sortir du monopole de Word. On réalise que ce dernier nous emprisonne quant à la manière de réfléchir à un éditeur de texte et à l’écriture numérique. Le sujet avait en apparence l’air simple mais il a permis de soulever des questions très intéressantes, d’abord tout un pan de la technologie auquel on réflechit peu.

Nicolas Triau : Oui, Stylo. Cette intervention nous a surpris car on ne s’attendait pas à ça. Elle était assurée par Servanne Monjour, maître de conférences de littérature française de Sorbonne Université. Elle a développé un véritable aspect de sciences humaines et sociales qui permet la compréhension des enjeux actuels et qui est le coeur même du séminaire UVDE. Beaucoup d’étudiants étaient présents ce jour-là, plein de personnes ont pu s’intéresser à la philosophie de la culture numérique et peut-être ouvrir leurs esprits à de nouvelles réflexions.

Destiné aux auteurs et aux éditeurs, Stylo est un éditeur de texte What You See Is What You Mean (WYSIWYM). Sa présentation par Servanne Monjour, en mars 2020 au séminaire UVDE. (Photo © DR)

Qu’est-ce que l'expérience UVDE vous a apporté ?

David Dehe et Nicolas Triau : Ce séminaire, ce sont vraiment des interventions au-delà des codes de la conférence traditionnelle. Ce sont avant tout des moments de partage et de convivialité autour de la philosophie. On réfléchit, on s’ouvre à de nouvelles idées. Il y a aussi une très bonne ambiance entre les participants, cela crée des liens.

David Dehe : Nous attendions avec hâte certains sujets plus politiques, comme l’ubérisation de l’État. Ils ont malheureusement été annulés à cause du confinement, mais ce sont des sujets qui nous apportent un esprit critique sur le quotidien, sur l’actualité.

Comment envisagez-vous de continuer à appliquer ce que vous avez appris ?

Nicolas Triau : Ce que je retiens pour la suite, c’est qu’il ne faut pas avoir d’a priori sur certains sujets qui peuvent paraître évidents ou au contraire un peu lourds et graves. C’est quand on est le plus surpris qu’on apprend le plus et on découvre que ces sujets étaient finalement à portée de main.

Pour en savoir plus, consulter le site UVDE, ici.