Enquête

“Concevoir demain en observant hier et en questionnant aujourd’hui”

Constance Hochberg
Constance Hochberg
Joshua Tabakhoff
Joshua Tabakhoff

Le Design Fiction est un exercice d’esprit auquel les héticiens ont été confrontés au début de l’année scolaire. Son importance est capitale dans la formation de véritables acteurs de la transformation numérique. Qu’est-ce que le design fiction et en quoi est-ce important ?

Publié le 22/03/2021 — Temps de lecture 5 min

Comme le définissent James Auger et Jimmy Loizeau, le Design Fiction “combine des extrapolations basées sur des hypothèses ainsi que notre conscience d'une technologie émergente avec un contexte culturel précis dans lequel elle serait déployée, afin de réfléchir aux produits, aux systèmes et aux services futurs”.

Lors des rentrées des 3e et 4e années de Grande École, une semaine de projet de Design Fiction a été organisée par Grégoire Charrassin et Adrien Rivierre [lire le retour sur cette semaine par les 3e années de Grande Ecole]. Le design fiction consiste à explorer les possibilités d’évolutions futures. 

Des moyens pour se projeter dans l’avenir, il en existe à foison : laisser libre court à son imagination, partir du passé pour imaginer la direction que prendra demain, extrapoler une réalité d’aujourd’hui, faire appel à la science-fiction…
Incontestablement, la saga Retour vers le Futur est un exemple parfait : à l’époque, nous étions loin d’avoir les moyens techniques de concevoir la visioconférence, un casque de réalité virtuelle ou encore des baskets Nike auto-laçantes, pour n’en citer que quelques-uns. Aujourd’hui, il faut se concentrer sur la série Netflix Black Mirror qui propose des épisodes plus réalistes les uns que les autres et dont certains sont déjà devenus réalité. Dans le Design Fiction, il ne s’agit pas d’imaginer entièrement un univers de science-fiction mais bien de reposer sur des éléments tangibles d’aujourd’hui pour imaginer des possibilités de futur. C’est le but de cette semaine de projet. En tant que futurs décisionnaires du numérique, il est important de savoir se référer à ce qui a été fait hier, de comprendre quelles sont les problématiques rencontrées et ensuite comment sont arrivées les technologies pour répondre à ces besoins.

Dans cette optique, le projet Purepose est l’aboutissement d’un projet de Design Fiction réalisé par une équipe d’étudiants en 4e année de cursus Grande Ecole. Julie Chen, Nemo Fazakerley, Thibaut Gayrel et Loana Gentric ont imaginé Purepose, un bracelet utilisant une Intelligence Artificielle pour évaluer et gratifier les bonnes actions quotidiennes de chacun. Pour concevoir ce produit, il faut d’abord concevoir un monde : utopique ou dystopique ? Dans le cadre de Purepose, il s’agit d’une utopie où l’Intelligence Artificielle (IA) se révèle très puissante mais bienveillante.
Comment en est venue l’équipe du projet à concevoir cet avenir ? Il peut sembler entièrement impensable que l’IA de demain sera plus positive que son usage d’aujourd’hui, à l’heure où celui-ci rime, en société, avec reconnaissance faciale ou encore fichage. Pourtant, Purepose peut être vu comme la matérialisation de la pensée et de la prédiction de différents futuristes comme Yuval Noah Harari (auteur de 21 leçons pour le XXIe siècle) ou encore Alvin Toffler (auteur du livre Le choc du futur), des ouvrages écrits au XXe siècle. 

Le Design Fiction se construit sur un procédé en trois étapes

C’est avant tout de la science-fiction. Il ne faut pas rester dans la réalité d’aujourd’hui et la figer pour concevoir un avenir. Le monde est en constant changement et il faut oser extrapoler.

Poser le monde — il faut commencer par ce que l’on appelle le “world building” [littéralement : construction du monde]. Il s’agit d’imaginer un monde futuriste concevable et de définir quelques bases : utopie ou dystopie ? confiant ou méfiant ? Une fois ces éléments cernés, il faut déterminer l’univers en lui-même : un repère temporel, un lieu plus ou moins précis, des lois qui autorisent ou interdisent des actions et enfin une ambiance. Quels grands événements ont marqué l’Histoire et ont amené à ce nouvel équilibre ? Il ne faut pas hésiter à mettre le maximum de détails pour bien cadrer ce qui sera possible ou non.

Créer la situation et y poser le produit — il est important de créer une situation qui est propice à l’apparition d'opportunités claires. Pour faire cela, il existe plusieurs méthodes telles que l’hybridation (mélanger plusieurs éléments ensemble), le fait de tirer le fil (utiliser une innovation technologique ou scientifique qui révolutionne le monde) ou encore le fait de briser les codes (changer une loi ou un dogme d’aujourd’hui). En faisant cela, une abondance d’opportunités se dessinent pour imaginer un produit inconcevable aujourd’hui mais qui a désormais entièrement sa place dans ce nouveau monde.

Décrire une journée type — une fois le monde et la situation définis, il est important de donner vie à un personnage, d’imaginer ses caractéristiques et ce qui fait de celui-ci quelqu’un d’unique. Cela va de ses goûts et de ses passions à son travail en passant par la couleur de ses yeux. Ensuite, il ne reste plus qu’à définir une journée type, de préférence en utilisant le produit que vous avez décrit précédemment. Une journée dans laquelle l’audience pourra se projeter. 

Chaque étape demande de la réflexion et une bonne analyse des enjeux. C’est en cela que se prêter à l’exercice du Design Fiction est formateur sous un nouvel angle pour des futurs acteurs de la transition numérique que sont les héticiens.

Un intérêt à 360° pour des étudiants du numérique, futurs décisionnaires

L’objectif de cette semaine est bien plus grand que de concevoir un simple produit : il s’agit d’identifier des problématiques, à signaux faibles aujourd’hui, qui deviendront majeures demain et nécessiteront une solution. Planter un décor, comprendre les problématiques et en déduire de nouvelles opportunités, élaborer un produit et son écosystème, sa cible et sa stratégie de communication pour réussir à se projeter dans le monde imaginé par l’équipe. Le tout, dans une présentation de 10 minutes où l’art du pitch permet à la salle de mieux s’immerger dans l’avenir dessiné par l’équipe. Il suffit ensuite d’extrapoler pour apercevoir que si l’on comprend les enjeux de demain, proposer des solutions pour aujourd’hui sera plus facile.

Cet article a été rédigé en collaboration avec l’équipe Purepose : Julie Chen, Nemo Fazakerley, Thibaut Gayrel et Loana Gentric.