Reportage

“Confronter ses idées, faire des concessions et se remettre en question en permanence”

Julien Brunin
Julien Brunin
Eythan Saillet
Eythan Saillet

Lors de leur rentrée, les 3e année du programme Experts se sont prêtés à un projet de Design Fiction. Le but ? Se projeter en imaginant un futur, utopique ou dystopique, et en créant un produit. Tout ça, dans un récit réalisé en une semaine.

Publié le 23/11/2020 — Temps de lecture 5 min

Rentrés le mercredi 7 octobre, les héticiens de la 3e année du cursus Experts ont, dès le lendemain, été immergés dans un projet d’une semaine de Design Fiction à travers un exercice d’imagination. Nous sommes partis à la rencontre de l’équipe NAMANSI Industries, composée de sept membres.

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

En 2035, NAMANSI Industries commercialise une nouvelle forme d’hormones visant à augmenter la taille des animaux ainsi que leur vitesse de croissance, dans le but d’accroître les rendements dans les élevages. Après avoir fait fortune avec cette invention, NAMANSI Industries parvient à contrôler l’ensemble du marché agro-alimentaire mondial. Mais au fil du temps, les proportions des animaux deviennent démesurées et leur croissance incontrôlable. Les zones d’élevage deviennent de plus en plus difficile à gérer jusqu’à devenir totalement incontrôlables, les animaux envahissent les zones urbaines. La situation met le monde entier en crise et les humains se réfugient dans certaines grandes villes, clôturées du reste du monde pour se protéger des menaces extérieures. Presque 30 ans plus tard, en 2062, la situation s’est pratiquement stabilisée. Les animaux et les habitants s’entassent dans les quelques villes sauvées du chaos, largement agrandies pour pouvoir accueillir les millions d’humains rescapés.

 

Vous avez dû imaginer un monde futuriste mais tout de même inspiré du réel. Quelle réalité de nos jours avez-vous décidé d’extrapoler ?

L'industrie agro-alimentaire, la course à la productivité, la transformation génétique (OGM), la société de consommation… Tant de sujets tellement ancrés dans notre société qu’on ne s’en rend presque plus compte, mais sur lesquels on doit rester très vigilants. 

 

Aviez-vous en tête des sources d’inspirations (films, livres, etc.) ?

Au-delà des livres et films dystopiques que l'on connaît tous, le film Okja nous a particulièrement inspirés. Dans cette œuvre, qui est une parfaite satire environnementale, Bong Joon-Ho propose une histoire d’amitié entre une petite fille et un cochon fabriqué génétiquement, qui prend des proportions gigantesques. La firme qui a créé ce monstre cherche à les séparer pour ne pas perdre le contrôle de la situation. La fin tragique de ce film sonne comme un cri d’alerte face aux problèmes de surconsommation, d’empreinte écologique, d’OGM, ce qui en fait une œuvre frappante et remarquable.

 

Comment avez-vous organisé le travail au sein de l’équipe ?

Après avoir travaillé tous ensemble sur la création de notre univers dystopique, certains se sont mis à concevoir le produit proposé, d’autres ont travaillé sur l’identité de la marque (NAMANSI Industries), et le reste de l’équipe a élaboré la stratégie de communication. 

On a eu la chance d’avoir l’accompagnement quotidien de nos deux intervenants : Grégoire Charrassin et Adrien Rivierre, qui nous ont beaucoup aidé à cadrer et élaborer notre idée, en nous guidant dans la bonne direction. 

Illustrations de recherche & développement réalisées par l'équipe durant la semaine de projet, afin d'imaginer à quoi ressemblerait le produit. (© DR)

 

Entre le début d’une semaine intensive et la présentation, le concept peut beaucoup changer. Avez-vous rencontré des obstacles qui vous ont obligés à adapter votre idée d’origine ?

Au départ, on était parti sur un produit totalement différent de l'idée finale : des safaris en dehors des agglomérations protégées du monde extérieur. Après réflexion et discussion avec les intervenants, nous avons pivoté sur le B-01 Animal Injector, une seringue permettant l'injection d'hormones animales pour modifier leur génome afin d'augmenter leur taille et leur croissance.

Nous avons fait le choix de partir sur ce produit pour son adéquation avec la critique de notre société que nous voulions mettre en avant, qui semblait bien plus évident.

 

Vous avez dû designer un produit futuriste. Quelles contraintes avez-vous rencontrées par rapport aux interfaces que vous concevez habituellement ?

Depuis notre arrivée à HETIC, on nous parle souvent de "construire le monde de demain". Au cours de nos deux premières années, on a eu l'occasion de travailler sur de nombreux projets, mais aucun ne nous a autant projeté dans le futur. 

Pour inventer un produit dans un monde que nous ne connaissons pas encore, il faut d'abord imaginer le contexte. On a donc dû créer ce futur proche, mission agréable grâce à la créativité de l'équipe, mais surtout veiller à la cohérence de chaque élément ! 

En termes de design, on s'est essayé à la 3D pour proposer un visuel réaliste du produit et permettre une véritable immersion dans le projet. C’est aussi passé par la création de l'univers autour du produit (invention de l'entreprise, mise en situation et procédé de création du produit, molécules chimiques utilisées, manuel d'utilisation du produit, campagne de communication, etc.).

Vidéo accompagnant la campagne de communication du produit, mettant en avant une conception en 3D et l'ADN de la marque NAMANSI Industries. (© DR)

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de partager le résultat de cette semaine sur LinkedIn ?

Tout d'abord, on voulait partager notre travail parce qu'on était fiers de nous… Évidemment, ça fait toujours bien de montrer son travail et de se "vendre" quand c'est bien réalisé. Mais, au-delà de ça, c'est un projet qu'on a inventé de toutes pièces : pas de contrainte trop précise. On avait carte blanche et on a décidé de raconter cette histoire, de proposer cette critique en particulier. Ça nous paraissait donc évident de partager le produit de notre semaine pour permettre aux gens de se questionner sur le sujet : "Finalement, c'est pas si absurde leur truc ! ". Un peu comme un artiste qui partage ses écrits, sa musique ou ses peintures.

 

Quels ont été vos principaux enseignements lors de cette semaine ?

Puisque cette semaine laissait place à la créativité, on s'est permis de créer un univers qui part un peu dans tous les sens, mais qui reste cohérent. Toujours dans cette même optique, on a voulu tenter de toucher un peu aux logiciels 3D, au monde scientifique pour la création du produit, et tant d'autres découvertes ! 

On a eu un peu de mal au démarrage pour construire notre monde dystopique, avec des idées décousues et des conversations qui divaguent rapidement... Mais une fois tout le monde d'accord, on a su inventer une vraie stratégie pour notre entreprise fictive, dans un monde fictif, et finalement, ce n'était pas une mince affaire. 

Cette semaine nous a tous appris à confronter nos idées, à faire des concessions et à nous remettre en question en permanence.

Merci à l'ensemble des membres de l'équipe NAMANSI Industries d'avoir participé à l'écriture de cet article : Maxime DRUARTEythan SAILLETPierre BORNSTEINMathias KANNYMatthieu SALGUEIRO VIDALClément BORIE et Julien BRUNIN.