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HETIC Newsroom

Interview

“Dès le plus jeune âge, le système scolaire cherche à nous mettre dans une case”

Publié le 29/4/2020
par Catinca Gheorghiu

Temps de lecture: 6 min

Suivre leur passion ? Ou un chemin qui ne leur correspond pas ? C’est un dilemme pour tous les jeunes. Étudiant en dernière année de Bachelor Web à HETIC, Yasin Karaca retrace son parcours et donne sa vision du système éducatif.

Yasin Karaca est entré en Bachelor de développement web à HETIC en 2017. Dans ce cursus, la deuxième et la troisième année se déroulent en alternance. Son expérience a été marquée par une transition à la direction de l’école. Cette période, dont les conséquences sont évoquées dans cet entretien, se situe entre le départ de Jean-Christophe Beaux fin 2018, et l’arrivée de Frédéric Sitterlé, l’actuel directeur général, en septembre 2019.

Vous êtes arrivé à Paris en 2017, pour vos études. Où étiez-vous auparavant?

Yasin Karaca : Je suis né en Auvergne, à Clermont-Ferrand. C’est une ville moyenne, entourée par la campagne. Je suis resté dans cette région jusqu’à l’âge de 20 ans. Ensuite, j’ai rejoint la capitale pour venir étudier à HETIC. Mes parents sont d’origine turque.

Vous avez travaillé dans l’entreprise de votre famille. De quoi s’agit-il?

Yasin Karaca : Mes parents sont commerçants. Ils vendent des fruits et légumes sur les marchés. De l’âge de dix ans jusqu’à mon départ, je les ai aidés à travailler, pendant les week-ends et les vacances scolaires.

Comment est née votre attirance pour le monde du numérique?

Yasin Karaca : Elle est venue à l’adolescence avec les jeux vidéo, et plus particulièrement les jeux en réseau. J’allais au cyber-café de mon village pour jouer à Counter-Strike et, lorsqu’on a eu un ordinateur à la maison, je jouais très souvent dessus, en ligne.

Vous étiez du genre discret ou extraverti à la maison?

Yasin Karaca : J’étais certainement le plus extraverti de la famille! Peut-être parce que je suis l’aîné. Travailler sur les marchés au contact des gens m’a permis d’être moins timide. Ça a joué un rôle important. J’aime être entouré par d’autres personnes.

Vous avez eu un parcours scolaire chaotique. Y avait-il une inadéquation entre votre caractère et le système éducatif?

Yasin Karaca : Mon parcours scolaire s’est progressivement dégradé à partir de mes 15 ans, en dernière année de collège. Je voyais les études comme une obligation pour atteindre un objectif professionnel. J’ai eu du mal à être intéressé par les cours, notamment les sciences. Je préférais aussi passer du temps avec mes amis plutôt qu’à étudier.

Le système éducatif actuel ne vous semble plus adapté à notre société?

Yasin Karaca : Oui, je le trouve très contraignant. Je pense que beaucoup de gens ont abandonné les études parce qu’ils ne se sentaient pas à leur place. Chacun devrait avoir la possibilité de se former. Dès le plus jeune âge, l’école cherche à nous mettre dans une case. Si tu n’es pas assez bon au collège, tu ne pourras pas aller dans un lycée général et tu iras donc en lycée professionnel, technique ou bien en centre d’apprentissage. Certains métiers peuvent nécessiter des études supérieures, que ce soit en BTS ou à l’université. On finit par se retrouver dans un cursus qui ne nous plaît pas. On le fait pour faire quelque chose de sa vie, se nourrir et ne pas finir au chômage.

Comment vous êtes-vous acclimaté à la vie parisienne? Y êtes-vous à l’aise?

Yasin Karaca : J’ai eu du mal au début. Je ne connaissais absolument personne en région parisienne. J’étais également stressé, car étudier à HETIC était pour moi et d’autres camarades de ma promotion notre dernière chance de faire des études. J’étais à deux doigts de tout arrêter pour reprendre l’entreprise familiale. Progressivement, j’ai appris à vivre seul et à me satisfaire du peu d’amis que je me suis fait. Aujourd’hui, je me sens très à l’aise à Paris, j’ai trouvé mes repères et réussi à m’adapter à cette ville. En trois ans, j’ai pu développer beaucoup d’affinités avec les gens que je côtoie.

Vous êtes-vous spécialisé durant les années de Bachelor? Plutôt en développement web ou en design?

Yasin Karaca : Je suis resté en alternance dans l’entreprise où j’ai fait mon stage de première année. Je me suis spécialisé en “dev”, et l’entreprise où je suis m’a permis de monter progressivement en compétences. C’était une belle découverte. Jusqu’à présent, je ne connaissais que le travail manuel, où il faut faire beaucoup d’efforts pour gagner sa vie. L’univers des entreprises de la tech m’a beaucoup plu pour sa diversité et ses opportunités. En plus, le fait de travailler avec des “geeks”, fans d’informatique et de science-fiction, m’a permis de me sentir à ma place.

Yasin Karaca, étudiant en dernière année de Bachelor Web à HETIC“Il y a une majorité de professeurs investis, inspirants, qui donnent envie d’aller plus loin”, explique Yasin Karaca, en dernière année de Bachelor Web. (Photo © DR)

Vous êtes entré à HETIC parce qu’on vous a dit lors des entretiens que vous étiez capable de faire de grandes choses. Vous dites y avoir cru “comme un fou”. Que voulez-vous dire?

Yasin Karaca : HETIC n’est pas une école comme les autres, et Brontis Guilloux, le responsable des Bachelor Web, l’est encore moins. Il est différent du commun des mortels. J’ai adoré sa personnalité, de pouvoir discuter avec lui de jeux vidéo, comme si nous étions amis, alors qu’on ne se connaissait pas. Et il en savait beaucoup plus que moi sur les jeux auxquels je jouais! Surtout, j’ai senti qu’il me faisait confiance pour rejoindre l’école et travailler dans la tech. Quand quelqu’un te dit que tu es capable d’atteindre un poste prestigieux dans ce secteur professionnel, tu n’es pas prêt. Sauf si tu as déjà beaucoup de confiance en toi et en ton avenir.

Vous dites avoir éprouvé de la déception durant vos études...

Yasin Karaca : Oui, à plusieurs reprises. Quand tes parents paient plusieurs milliers d’euros, sans compter le loyer de ton appartement, aucun professeur n’a le droit de prendre son enseignement à la légère. En première année, un d’entre eux nous a dit que pour en apprendre plus sur la matière qu’il enseignait, il fallait aller sur OpenClassrooms. Ça m’a mis hors de moi! J’étais très énervé. En deuxième année, notre directeur pédagogique a quitté l’école. C’est lui qui veillait au grain sur notre filière. [Cette décision a été prise durant la période transitoire à la direction de HETIC, mentionnée au début de ce texte.]

Cette expérience malheureuse vous a-t-elle poussé à chercher par vous-même?

Yasin Karaca : Je ne la qualifierais pas de “malheureuse”, car j’en retiens plus de bien que de mal. J’aurais aimé que la pédagogie soit plus axée sur des projets personnels, pour permettre à chacun de développer ses compétences et faire ce qu’il a envie de faire. Fort heureusement, il y a une majorité de professeurs investis, inspirants, qui donnent envie d’aller plus loin que ce qu’on voit autour de nous.

Quelles différences voyez-vous entre celui que vous étiez en entrant et en sortant de votre formation?

Yasin Karaca : Je dirais que je suis devenu un adulte. HETIC nous immerge dans le monde professionnel grâce à l’alternance et c’est très bénéfique. Je suis devenu plus responsable, plus compétent dans mon domaine professionnel. Je dirais aussi que je suis plus ouvert d’esprit, même si je l’ai toujours été.

Quel conseil donneriez-vous à des étudiants qui sont perdus dans leur orientation?

Yasin Karaca : J’en vois lors des journées portes ouvertes et à chaque fois je suis ravi de pouvoir les conseiller sur les perspectives d’avenir possibles s’ils viennent à HETIC. J’essaye de ne pas leur mettre des paillettes dans les yeux, car je n’ai pas envie qu’ils soient déçus comme j’ai pu l’être. C’est difficile d’avoir un message général et adapté à tout le monde, mais le plus important est de garder confiance en soi, de renforcer cette confiance, de ne pas avoir peur de faire des erreurs et de croire en ses rêves les plus fous. On est tous capables de faire les choses que l’on veut, mais les résultats ne viennent que si on s’investit personnellement.


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