Interview

Les étudiants associés à la transformation des enseignements à HETIC

Louise Supplisson
Louise Supplisson

Dans un monde où le changement s’accélère, les écoles doivent s’adapter en permanence aux besoins des entreprises. Directeur général de HETIC, Frédéric Sitterlé veut associer les étudiants à cette évolution, via un conseil de perfectionnement pédagogique.

Publié le 20/04/2020 — Temps de lecture 5 min

Nommé directeur général de HETIC en septembre 2019, Frédéric Sitterlé a fait toute sa carrière dans le numérique. Ingénieur de formation, il a fondé plusieurs start-ups, dont Sport24 et mySkreen. Directeur des nouveaux médias du Figaro, il a aussi dirigé le développement du magazine Challenges.

“Notre raison d’être, c’est de nous mettre au service de nos étudiants”, explique Frédéric Sitterlé, directeur général de HETIC. (Photo © DR)

Lors du lancement du Hub HETIC, en février, vous avez annoncé la création d’un conseil de perfectionnement pédagogique. Qu’est-ce que c’est ?

Frédéric Sitterlé : Comme ses étudiants, HETIC est elle aussi une école “digital native” ! C’est cette identité que nous voulons renforcer avec le conseil de perfectionnement pédagogique. Nous voulons veiller, plus que jamais, à ce que les enseignements de l’école soient adaptés au monde actuel. Nous envisageons ce conseil comme une plateforme de réflexion, qui regroupe à la fois nos équipes pédagogiques — dont les ingénieurs et référents qui ont construit les programmes — mais aussi des intervenants, des étudiants — actuels ou anciens — et des professionnels.

HETIC n’a-t-elle pas toujours adapté ses programmes ?

Frédéric Sitterlé : C’est même sa particularité. Elle est capable de s’adapter aux changements en évaluant en permanence son corpus pédagogique, afin d’apporter aux étudiants une formation à jour, qui correspond aux besoins des entreprises. Cette réactivité fait partie de nos missions. Nous devons privilégier l’employabilité de nos étudiants, les accompagner de la première année jusqu’à leur entrée sur le marché du travail. Les chiffres sont là : 98 % des étudiants à HETIC signent un contrat d’embauche avant la fin de leurs études.

Alors, pourquoi décider de mettre en place ce conseil de perfectionnement pédagogique ?

Frédéric Sitterlé : Notre défi est maintenant de faire face à des changements qui s’accélèrent sur le marché du travail. Les métiers d’aujourd’hui n’existaient pas il y a cinq ans, quand les étudiants du cursus Expert qui seront diplômés cette année sont entrés à HETIC ! Nous devons continuellement nous réinventer. C’est dans l’ADN de notre école de nous positionner dans des domaines d’expertise prospectifs et sur des métiers en création.

On dit que 85% des métiers de 2030 n’existent pas encore...

Frédéric Sitterlé : En dix ans, l’évolution a été gigantesque. Nous avons vu l’émergence des GAFAM, des smartphones, de l’intelligence artificielle. Ce mouvement va s’accélérer. De nouveaux métiers sont apparus, comme celui de data scientist ou de spécialiste du marketing digital. D’où la présence de professionnels dans le conseil de perfectionnement pédagogique. Ce sont eux qui vont recruter nos futurs diplômés. Ils sont en première ligne, ils connaissent les compétences dont ils auront besoin.

Dans quel secteur les sélectionnerez-vous ?

Frédéric Sitterlé : Nous devrons avoir des représentants du monde de l’entreprise et des experts de secteurs comme la data, le marketing digital, la blockchain et l’intelligence artificielle. Nous sommes au tout début de la révolution qu’apporteront ces deux dernières technologies. Mais il est tout aussi important d’avoir d’anciens diplômés dans notre conseil. Ce sont eux qui connaissent le mieux l’ADN et l’identité de l’école. Notre évolution doit se faire dans la continuité. Qui mieux que les alumni pour la garantir ?

Sur le plan pédagogique, en quoi consiste cet ADN ?

Frédéric Sitterlé : Nous avons longtemps été une des seules écoles du numérique. Mais nous sommes dans un monde où tout devient digital, où toutes les entreprises déploient des solutions digitales. Cela ouvre le champ des possibles à nos diplômés. Mais en réaction, la concurrence s’est accentuée sur la formation. Désormais, d’autres écoles intègrent un volet digital à leurs cursus. Notre différence, c’est notre pédagogie. Le digital n’est pas pour nous un accessoire à une formation principale, mais le cœur de la formation. Nous centrons tout sur le digital, le web, la tech. Nous devons être à la pointe de ce qui se fait. Nous sommes une école digital native !

Hormis les alumni, pourquoi associer les étudiants ?

Frédéric Sitterlé : Cette co-construction entre équipe pédagogique et étudiants est à mes yeux fondamentale. Notre raison d’être, c’est de nous mettre au service des étudiants. L’école est là pour accompagner chacun dans ses projets professionnels. Pour cela, l’étudiant doit être inclus dans le processus de construction du contenu pédagogique.

Comment les étudiants seront-ils sélectionnés ? Quand le conseil sera-t-il réuni ? Les annonces remontent déjà à deux mois...

Frédéric Sitterlé : Le moment venu, nous allons solliciter les différentes promotions et filières pour que les étudiants puissent faire acte de candidature. Nous vivons une période inédite, mais nous allons faire en sorte que le conseil de perfectionnement pédagogique soit mis en place et au travail d’ici la fin du mois de juin.

Quel impact les travaux du conseil aura-t-il sur nous, étudiants ?

Frédéric Sitterlé : Pour vos études ? Il faut savoir que classiquement, HETIC renouvelle entre un quart et un tiers de son contenu pédagogique chaque année. Nous resterons dans une dynamique comparable, en visant le haut de la fourchette: un tiers de renouvellement. Les innovations à attendre porteront moins sur le contenu que sur la façon de délivrer les formations. La façon d’apprendre évolue, l’école doit en faire autant. Dans les anciens modèles éducatifs, le savoir et les connaissances du professeur étaient donnés, distribués, administrés dans un amphithéâtre ou au travers de cours théoriques. Ces mêmes cours ont désormais pour objectif de mettre en pratique des connaissances. Les entreprises demandent davantage de contenus et d’enseignements pratiques.

La période de confinement est-elle la préfiguration de changements ?

Frédéric Sitterlé : La numérisation forcée des cours démontre que nous n’avons pas besoin d’être présents physiquement tous les jours pour recevoir des connaissances. Des étudiants peuvent être à Montreuil et un intervenant à Singapour ! Nous allons avoir, à partir de l’année prochaine, davantage de projets, de contenus pratiques. Mais nous allons aussi pouvoir bénéficier en ligne d’intervenants aux profils plus diversifiés, avec des expertises précises dans des champs de recherche inédits. Nous pourrons organiser différemment notre campus de Montreuil, pour dispenser davantage de cours pratiques en présentiel, par exemple pour développer les “soft skills”, compétences très importantes désormais sur le marché du travail. La numérisation nous donne un million de possibilités ! À nous de les imaginer pour faire progresser nos étudiants, avec eux et notamment au travers de ce conseil de perfectionnement pédagogique.