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Travailler nuit et jour pour sa passion : l'expérience de Robin Noguier

Romain Penchenat
Romain Penchenat

Robin est un Interactive Designer freelance qui a travaillé pour de nombreuses grandes marques telles que Google, Facebook, Airbnb ou encore Uber. Il revient sur son parcours, nous explique sa réorientation et le pari qu'il a pris en venant à HETIC en se challengeant en continu, notamment via son tour du monde. Diplômé de la P2016, Robin donne des conseils pour tous les étudiants qui souhaitent se lancer dans un nouveau projet.

Publié le 1/03/2021

Peux-tu rapidement te présenter en quelques mots ?

Robin Noguier : Je suis un designer français, j'ai fait HETIC il y a quelques années maintenant : je suis de la Promotion 2016 et j'ai fait la majorité de ma carrière à San Francisco, en Islande et à Londres dans quelques entreprises et notamment dans une agence qui s’appelle Ueno.

Tu as pas mal voyagé, tu as fait du design dans plusieurs endroits du monde : qu’est-ce qui t’a emmené sur le chemin du design et comment est-ce que tu t’es trouvé cette passion ?

Robin Noguier : Tout d’abord, il faut savoir que je suis sorti d'un bac S. Je ne savais pas quoi faire : je voulais être ingénieur, mais je ne savais pas trop pourquoi. J’ai donc fait un DUT GEII (génie électrique et informatique industrielle) électronique à Montpellier que j'ai détesté. Et même si j'ai adoré les gens là-bas, j'ai détesté les cours et tout ce que je faisais. 
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chercher quelque chose qui pouvait m'intéresser, je n'avais jamais réfléchi comme ça auparavant. Je me suis dit que si je continuais ainsi, ça allait être mauvais. Donc, à la fin de mon stage de DUT, j’ai demandé à l’école de faire un stage à la télévision, pour être monteur ou cameraman, parce que je pensais que c'était ça que je voulais faire.
Je leur ai expliqué que l’électronique n’était pas pour moi et même si j’avais les notes qu’il fallait et que j’allais avoir le diplôme, je n’allais pas continuer. Ils ont finalement accepté et j’ai donc beaucoup travaillé pour le trouver. J’ai donc fait ce stage au Québec, dans une petite chaîne à côté de Montréal. 
Là-bas, on pouvait aimer ce que l’on faisait, ce que je n’avais jamais ressenti auparavant. Ce stage a été un déclencheur pour moi dans la mesure où, avant, le travail était pour moi le travail et je n’avais jamais pensé à ce que j’aimais faire. C’est donc à ce stage que j’ai trouvé un certain intérêt pour ce domaine et que je me suis dit qu’il y avait sûrement des métiers sympas.
Dès lors, j'ai commencé à regarder, je suis rapidement tombé sur HETIC. J’ai donc postulé sans trop y croire ; à l'entretien, je suis tombé sur Denys Chomel qui m'a laissé, je dirais, la chance de ma vie. D’emblée, je lui ai dit que j’allais beaucoup travailler et réussir à me mettre à niveau, car je postulais pour la troisième année directement ; il m’a donc fait confiance.
J'ai rejoint HETIC en troisième année, sans savoir du tout ce qu’était le design, le développement web ou le marketing. S’ensuivit une année de H3 où je travaillais jour et nuit, les week-ends et les vacances pour essayer de me remettre à niveau. 
À ce moment-là, je faisais du code et du design parce que je ne savais pas encore ce qui m'intéressait le plus : j'adorais les deux. 
Devenir designer est venu de manière plutôt naturelle puisqu’à HETIC, il n’y a pas trop de pression à se mettre quant à ce sujet. Cependant, je conseillerais d’essayer d'avoir une spécialité, parce que c'est très compliqué d'être bon partout ; il n'y a pas vraiment d'entreprises qui cherchent des gens moyens partout, les gens vont plutôt aller chercher une brute en code, une brute en design et une brute en marketing plutôt qu'une personne étant moyenne partout. 
J’ai atterri dans une start-up en tant que product designer. Le stage m’a fait progresser puisqu’il y avait de vrais enjeux. Au final, c'était intéressant et quand je suis rentré du stage de H3, je me suis dit que j’allais refaire pareil en H4. Pendant la quatrième année, j'ai lancé un portfolio et c'est là où, je dirais, ma vie a vraiment changé. On avait travaillé nuit et jour sur ce portfolio avec Dorian Camilleri, qui est maintenant ingénieur à Google Paris. On l’a lancé le 24 mars 2015 ; je me souviens, j’étais au Rodrigue [résidence étudiante à proximité immédiate de l’école] et dès qu’on l’a mis en ligne, le temps de se rendre jusqu'à HETIC à pied, c'est-à-dire cinq minutes, mon téléphone commençait à chauffer. Il y a eu beaucoup de mails, beaucoup de tweets, des gens qui parlaient de ça. Moi, j'avais fait ce portfolio simplement pour pouvoir postuler, je ne pensais pas recevoir des offres de stage, des offres d'emploi etc. parce que justement, quand tu travailles depuis trois mois et que tu dors très peu, tu doutes et tu ne sais pas si ce que tu as fait, au final, est bien, même si tu l’espères vraiment.
À la suite de cela, j’ai reçu près de 200 offres et c’est ce jour-là que ma vie a changé. Par la suite, j’ai pu réaliser un stage de six mois à San Francisco où j’ai travaillé pour Uber, RedBull, etc. avec des superstars du design.

Finalement, c'est ton portfolio qui t'a motivé à faire du design ? 

Robin Noguier : Exactement, c'est comme ça que ça se passe un petit peu à HETIC. Au début, j'étais plutôt chef de projet parce que je n'avais pas de compétences techniques et vu que je travaillais beaucoup, j’ai réussi à avoir du niveau. Il y a des projets où on me laissait être designer, d’autres être développeur front, et au final, ça s'est fait plutôt naturellement. J'avais le même niveau en design et en développement front-end au début mais je prenais plus de plaisir avec le design donc c'est pour ça que j’ai décidé de continuer dans cette voie. Et puis c'est le portfolio qui a tout scellé.
Je conseille d'essayer de s'écouter, d'identifier là où l’on prend le plus de plaisir, pas forcément là où l’on est le meilleur parce que ça, on peut y travailler, mais vraiment là où l’on prend le plus de plaisir. 

Est-ce que ces compétences de gestion de projets et de développement que tu avais acquis t'ont servies dans les entreprises où tu as travaillé et de manière générale ?

Robin Noguier : Totalement, les compétences de gestion de projets me sont utiles dans la vie générale et dans l’organisation puisque moi, en tant que freelance, je dois être vraiment organisé. 
Savoir gérer, c’est quelque chose qui permet de sortir son épingle du jeu : il y en a beaucoup qui sont bons en design donc il faut se demander ce que l’on peut faire de plus pour être meilleur que les autres. Et parfois, c'est avoir des compétences à côté. Par exemple, je fais du design mais je fais également du motion design. Par contre, il y a des choses que je ne fais pas du tout comme la 3D ou bien l’illustration ; pour un designer, ça peut être de faire aussi de la 3D, de l'illustration à côté, là où certains ne le feront pas et se focaliseront sur leur domaine de spécialisation uniquement. Au début, il faut se laisser toutes les portes ouvertes.
C’est à la suite de cela que j’ai écrit l’article Bring the chocolate qui veut dire “Amène le chocolat”. C’est-à-dire que tu amènes le meilleur café possible mais tu rajoutes toujours un petit bout de chocolat, c’est plus ou moins ce que j’essayais de faire tout le temps : toujours un peu plus que ce que l’on me demandait.

Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton projet Esperanto : le but, les raisons.  Qu'est ce qui t'a amené là-dessus ?

Robin Noguier : J’étais aux États-Unis et je voyais que, sur les sites d'interviews, c'était toujours les mêmes personnes qui revenaient et j’étais persuadé qu’il y avait des talents partout, pas seulement aux États-Unis ou en Europe. Je voulais montrer qu’il y a de bons designers partout dans le monde et faire un tour du monde pour rencontrer, dans chaque pays où je me rendais, un designer. Pour cela, je vais le chercher et le contacter, l’interviewer, le prendre en photo et lui demander de m'envoyer ses travaux puis je vais essayer de faire un site en me servant de plateformes et de mon réseau pour les faire connaître. 

Concernant le déroulement, est-ce que tu as eu du mal à trouver ces personnes ? Comment as-tu pu trouver les bonnes personnes à interviewer sur toute la planète ?

Robin Noguier : C’était compliqué, le travail a duré un an. À chaque fois que j'arrivais dans un pays, je cherchais partout : Dribbble, Behance etc. Ce n’était pas forcément les personnes les plus connues mais celles qui avaient, à mon sens, du talent pur et qui n’avaient pas encore la reconnaissance qu’elles méritaient et cela souvent par manque d’opportunités. Une fois les personnes trouvées, je les ai contactées mais la plupart ne répondaient pas. J'ai envoyé beaucoup de mails, je recevais peu de réponses et pour ceux qui répondaient, j'essayais de leur parler davantage pour voir ce qui les animait. Je leur expliquais alors ma démarche. Une fois arrivé dans leur pays, j'allais à leur bureau, dans leur entreprise pour discuter  puis j'essayais de faire une interview correcte. Je les enregistrais et puis j’en faisais la retranscription. À la suite de cela, j’essayais de faire un article cohérent en les présentant eux, leur industrie et leur travail et à la fin, je mettais leur contact pour que les gens intéressés les contactent.

Est-ce que derrière ça, ça leur a apporté des vrais contacts, de la reconnaissance et est-ce qu'ils ont pu lancer des choses suite à ça ? Quels sont les résultats pour eux et pour toi ?

Robin Noguier : Pour moi déjà, je voulais faire la meilleure communication, le meilleur site possible ; un site qui sort de l'ordinaire parce que je savais que c'était la seule façon d'attirer l'attention autour de ce projet et donc de ces personnes.  C’était juste le fait de pouvoir les mettre en lumière et qu’ils arrivent, peut-être, à trouver un travail grâce à ça. Quand j'ai lancé ce projet en public, il a très bien fonctionné dans la mesure où les interviewés se faisaient contacter. Aujourd’hui, il y en a aussi plusieurs qui ont été contactés et qui travaillent maintenant à distance pour des entreprises. Il y a donc eu beaucoup de retours et ça a été pour eux une plateforme qui leur permettait de mieux se vendre et de prendre confiance en leur travail. Au total, j’ai interviewé seize personnes mais je ne sais pas exactement combien de personnes ont eu des nouveaux postes à la suite de la mise en ligne de la plateforme. Je suis très content des retours.

Ce projet t’a d’ailleurs amené à faire un talk à une conférence Awwwards, mais comment est-ce que cette expérience s’est passée ? Comment est-ce que tu l’as vécu ?

Robin Noguier : J'avais peur mais comme je le dis souvent : “quand ça fait peur, il faut y aller” puisque pour moi, quand ça fait peur, c'est qu'il y a quelque chose d'intéressant à aller chercher.
Quand on me l'a proposé, j'ai accepté et je me suis préparé. Néanmoins, je ne savais pas du tout comment écrire un speech, comment aller sur scène sachant qu’il y avait à peu près 1 000 personnes à cette conférence. Il faut savoir que, quand j'étais à HETIC, en 2015, j'étais allé à une conférence Awwwards à Barcelone et que je m'étais fait la promesse qu'un jour j'y serai, tout en sachant que je n’avais pas le niveau et qu'il fallait des années de travail. C'était donc une expérience très stressante mais j’ai adoré voir les plus grands designers sur scène et me dire que j’allais vraiment y être.
Il faut toujours garder la tête froide puisque justement, on fait ce métier pour le plaisir du design en lui-même et pas pour les récompenses. Il faut savoir pourquoi on fait ça et ne pas faire les choses uniquement pour les récompenses, même si ces dernières font toujours plaisir quand elles sont là. On peut dire que Esperanto m’a beaucoup apporté ; ça m’a notamment permis de faire un tour du monde puisque quand tu voyages pendant un an, tu apprends énormément sur toi-même, tu apprends à te débrouiller.

Si un designer souhaite se lancer dans un projet similaire à Esperanto, quel est le meilleur conseil que tu peux lui donner ?

Robin Noguier : Le meilleur conseil serait Just do it, fais-le. Cependant, il ne faut pas trop réfléchir et juste faire ; c'est-à-dire que tu commences petit, que tu te demandes ce qu’est le MVP [produit minimum viable] de ce projet, il faut visualiser la chose. Le plus difficile est évidemment de faire le premier pas puisqu’on passe de “je veux le faire” à “je l’ai fait”, ce qui permet par la suite de voir la continuité du projet. Ainsi, il faut commencer petit, essayer de travailler, d'être assez régulier c'est-à-dire de travailler dessus tous les jours, d'avoir un temps alloué à ce projet.

Pour finir, quels sont tes conseils pour les jeunes designers ?

Robin Noguier : Il ne faut pas hésiter à poser des questions, à contacter des gens. Le dernier conseil, ce serait d'arrêter de croire qu’il y a des raccourcis pour aller là où l’on veut. Je vois beaucoup de choses en ligne en ce moment : des formations qui promettent d'être webdesigner en deux semaines, d'être développeur front-end en deux mois, etc. L’important n’est pas de savoir quel est le logiciel utilisé, le matériel utilisé mais de travailler dur et d’avoir confiance en ses idées. Rien ne remplace les heures de travail. Les formations clé-en-main qui sont trop binaires “soit tu l’as, soit tu l’as pas” créent des complexes alors que le travail passe toujours au-dessus de quelqu’un qui est juste talentueux. Il n’y a pas de secret : la progression vient des heures passées à faire, à refaire, à copier, à jeter, à s’entraîner. C’est ça qui fera que l’on se démarquera.